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Histoires Paranormales II

La digne suite du blog imaginosparanorm

10 octobre 2008

VOITURE PLONGEANTE

VOITURE PLONGEANTE

À presque 200 km au Sud-Ouest de Malether s’étend à perte de vue une vaste étendue d’eau de 473 km2 : l’Étang aux Croacrazores. Étang de nom en fait, vu les dimensions et les profondeurs de cet ensemble aqueux. Ensemble aqueux, il faut l’avouer, qui, à l’exemple du Loch Ness, en Écosse, ne laisse pas voir grand-chose de ses entrailles, tant ses eaux sont boueuses. Tellement boueuses que certains personnages, usant de tours magiques comme on use des souliers, y pénètrent… et y demeurent assez longtemps en total état d’apnée ! Et ce, sans que nul profane ne sache ce qu’ils y machinent… Venant Ompikilik, ancien employé de Limaxx Automobiles, a failli durement payer les frais de sa curiosité. Il travaille désormais dans une compagnie de consommables informatiques, à Toutouvilles, dans la région de Coriace. Pour livrer son témoignage, il a sagement attendu non seulement de changer de boulot, mais surtout que la personne directement visée (dont on se gardera bien de citer le nom) soit mise en bière, pour ne pas dire en terre.

Le 1er/2/1997, une nuit pure et fraîche, Venant et l’un de ses collègues de service (dont je ne mentionnerai pas le nom pour raison de sécurité) prennent de l’air au bord de l’Étang aux Croacrazores. Il est presque minuit. Directement à leur droite, sur une espèce de promontoire, le luxueux hôtel Hystagma brille de mille feux. Une voiture non moins luxueuse en sort, toutes vitres fumées, de couleur noire et aux allures de Hummer. Elle se dirige rapidement vers l’Étang en contrebas. En moins de deux minutes, le véhicule est à la bifurcation qui mène à la route que Venant et son collègue sont en train d’emprunter. Cette bifurcation est à environ 50 m droit devant nos promeneurs nocturnes. Cependant, au lieu de virer, notre bagnole s’arrête net. Résolument, elle descend la petite pente vers l’Étang et s’y enfonce sans autre forme de procès !

Au nirvana de l’étonnement, Venant et son compagnon se regardent. En courant, ils s’approchent de l’endroit où la voiture a effectué son plongeon. L’eau est encore toute agitée. « Vite, allons à l’hôtel et appelons la police », propose le collègue de Venant.

Aussi rapidement qu’ils le peuvent, nos deux gaillards remontent vers Hystagma. Ils ne savent pas qu’ils vivront là des événements aptes à exciter les partisans des théories du complot…

Lorsque Venant explique au concierge ce dont il a été témoin avec son compagnon, au lieu de s’alarmer, ledit concierge éclate de rire !

- « Non mais vous prenez pour une buse ou quoi ? Une voiture qui s’enfonce opiniâtrement dans l’Étang ! N’importe quoi ! Je ne me suis pas autant marré depuis deux décennies !

- Pourquoi vous ne nous croyez pas ?

- Ben, parce que vous puez le vin à plus de 30 m à la ronde, mes braves !

- C’est vrai qu’on a siroté ensemble un bon Fhéops (1), et alors ? On n’est pas ivres pour autant…

- En plus, vous déclarez que cette bagnole a quitté l’hôtel. Aucun engin, même pas une trottinette de gosse, n’est sorti d’Hystagma ces trois dernières heures.

Concierge, on a vraiment l’impression que vous vous fichez de nous ! La police, elle, nous croira. Peut-on avoir le numéro d’urgence du patelin ?

- Pourquoi devrais-je vous le donner ? Les agents de l’ordre vous prendront pour des ivrognes et ce serait une nuit au cachot. Comme vous me faites pitié, je préfère que vous n’ayez pas d’emmerdes… »

Le concierge ajouta autre chose qui mit la puce à l’oreille de nos deux compagnons : « De toutes les manières, même si un véhicule vient de sombrer, personne ne peut rien y faire : l’eau des Croacrazores est si vaseuse qu’on n’y voit goutte à 20 cm et sa profondeur minimale est de 540 m. Suivez plutôt les infos locales : je doute fort qu’on y invoque quelque disparition que ce soit… »

Fort intrigués, Venant et son collègue de service prennent le prochain bus pour Orchonties, à deux pas de l’hôtel Hystagma. Ils n’ont pas rêvé : le véhicule est bel et bien entré dans l’Étang. Et avant de se diriger vers la masse liquide, il a bel et bien quitté l’hôtel. Quant au concierge, il a bel et bien menti, histoire, selon toute vraisemblance, de cacher quelque chose… Forts d’une telle analyse, nos gars en conviennent, avec justesse, qu’il s’agit là d’une affaire louche dans lesquels des individus de base comme eux feraient mieux de ne pas s’impliquer, ni de près ni de loin. Venant et son compagnon prennent ainsi le parti de n’informer personne de ce qu’ils ont eu le privilège de voir. De toutes les façons, à part eux, qui encore a bien pu assister au plongeon de l’auto ?

Ainsi décidé, ainsi fait. Personne, même pas leur épouse, n’est mis au parfum de l’étrange aventure. Personne, rien n’est si certain…

Le lundi 3, dès leur arrivée au bureau, Venant et son collègue sont convoqués par un Directeur haut placé. Non pas suite à quelque manquement grave ou détournement, mais pour des causes assez inattendues… Le patron des deux employés expose sans détour ni équivoque l’objet de sa convocation :

- « Que faisiez-vous à minuit au bord de l’Étang aux Croacrazores ?

- Euh… On prenait de l’air !

- Vraiment ! Et comme par hasard non loin de l’hôtel Hystagma ?

- Y a-t-il un mal à ça, patron ?

- Venant, c’est moi qui pose les questions ici. Je ne sais pas qui vous envoie, mais je vous demande une chose : ne dites à personne ce que vous avez pu voir de mystérieux. Si j’apprends, de n’importe quelle bouche non autorisée, une information compromettante dans ce sens, je vous jure que non seulement vous perdrez tous deux vos postes, mais aussi votre vie et ce, plus rapidement que vous le pensez ! En d’autres termes, pour votre intérêt, vous la bouclez et vous n’avez rien vu, rien entendu hier soir. Est-ce bien clair ?

- Clair comme l’eau de roche, chef, répondent à l’unisson nos deux employés, tétanisés

- Bien, vous pouvez disposer… »

   Durant neuf ans, Venant et son collègue garderont le secret. Pour des raisons personnelles n’ayant rien à voir avec l’affaire, il prendra sa démission en 2004. Le Directeur de la société qui l’employait décédera deux ans plus tard, ironie du sort, électrocuté dans sa baignoire. Mort accidentelle ou fin de contrat occulte ? La question reste posée.


(1) Le Fhéops est un vin imaginien à forte teneur en alcool, à base de raisin écarlate.

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04 septembre 2008

Faire mouche

Faire mouche

Tanya et Osmond Alizaf dînent ce soir dans un resto trois étoiles de Préhistorvilles, le Tyranno Écailleux. Un bon plat au couscous de Blargk ([1]) leur est servi, accompagnée d’une liqueur capiteuse. Mais il semble qu’Osmond n’est pas tellement venu dans cet établissement pour consommer quelque nourriture servie.

¾    « Y-a-t-il un problème, mon cœur ? Tu manges du bout des lèvres…

¾    J’ai pas trop la dalle, ma puce ! Et tu sais bien pourquoi je suis ici.

¾    Chéri, c’est hors de question. Tu as déjà eu ta dose d’énergie vitale.

¾    Ma confrérie me demande encore plus de sang.

¾    Eh bien, trouve ce sang autrement ! Il y a plus d’une méthode pour sacrifier les gens, tu le sais. Pourquoi veux-tu te servir de cette procédure risquée ?

¾    Non mais tu me prends pour un novice ou quoi ?

¾    Mon amour, « maléficier » une mouche est peut-être simple dans tes tours magiques. Mais s’attendre à ce que la victime consomme cette mouche dans un verre relève de l’optimisme le plus dingue…

¾    Tu verras que je suis le plus fort. Tu as la trouille pour rien, mon chou !

¾    Tu sais que réaliser ce genre de coup demande concentration ?

¾    Je le sais mieux que toi. Couvre-moi donc, je commence déjà à invoquer les forces ténébreuses. Que personne ne remarque rien ! »

Osmond écarquille soudain grand les yeux et laisse pendre ses bras. Ses lèvres murmurent des incantations effrayantes bien qu’incompréhensibles. Quelques secondes plus tard, notre occultiste retourne sa main gauche qui était posée sur sa cuisse et laisse découvrir la paume. Comme par pur enchantement, une grosse mouche verte sort de ladite paume, virevolte quelque temps et va se poser sur le verre d’un jeune homme connu dans le coin, Ernst Tranklo. Osmond, quant à lui, a repris un regard plus ordinaire, mais tout de même assez hagard. Silencieux, on a l’impression que son esprit ou son âme a quitté sa carcasse pour investir celle de l’insecte.

Notre mouche ectoplasmique ne tarde guère à siroter une gouttelette du contenu du verre accrochée au bord. Fort malheureusement pour Osmond, la boisson que s’apprête à déguster Ernst est composée à 60% d’alcool. Sa mouche espion ne supporte pas et tombe dans le liquide clair comme de l’eau pure.

Cette chute inopinée de notre diptère met Osmond dans de très sales draps. Son pouls s’accélère à l’instant à un rythme de techno dure et une sueur profuse perle, puis tombe de son visage. Moins d’une minute plus tard, le corps entier de notre faiseur de sorts est envahi de forts tremblements et sa respiration se transforme en une suite de râles peu rassurants. Bref, Osmond étouffe…

Tanya, l’épouse de notre occultiste, au faîte de la panique, exige du secours en criant à tue-tête. Entre temps, Ernst s’aperçoit qu’une mouche agonise dans son verre de liqueur. Dégoûté, il appelle l’un des garçons du resto, tonne dessus en lui demandant une nouvelle bouteille. Confus, notre serveur va dans les cuisines verser la boisson frelatée dans un lavabo et en apporte une nouvelle. Au même moment, sur sa civière dans l’ambulance, Osmond expire bruyamment…

Occultiste apprenti ou sorcier de ton état, sache, en jouant tes sales tours meurtriers, que le risque zéro n’est pas de ce monde, ni du tien, d’ailleurs…


[1] Blargk est une contrée située à 250 km à l’Ouest de Préhistorvilles, connue pour son délicieux couscous aux testicules de chèvres.

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26 avril 2008

Vitre, grillages et syllabus

Vitre, grillages et syllabus

Michel, Trevor est Felipe, trois étudiants de polytechnique, revenaient de faire la sieste dans leur chambre de home, au 793. Tout ragaillardis après un repos bien mérité, notre solide trio se rendait, notes en main, aux locaux du département de géologie, plus précisément au local de première licence. Ils y trouveraient à coup sûr d'autres camarades en train de réviser leurs cours.
Juste devant le portail de la faculté était une auto noire assez élégante, mais de marque non identifiable. Tout le monde sait qu'il s'agit de la bagnole du prof de géomagnétisme, Lucien Ilobm. Dans tout le Campus, on se demande où Monsieur a dégotté ce bijou. Ce qui est certain, c'est que la fameuse voiture se comporte des fois étrangement. Voyez donc...
Je disais que notre gaillard se dirigeait vers le portail quand les verres de la voiture devinrent en un clin d'œil fumés ! Presque au même instant, les essuie-glaces se mirent à s'activer rapidement, mus par une force invisible (en effet, il n’y avait pas âme qui vive dans le véhicule).
Les gars ne pouvaient rêver, car, à trois, ils constatèrent la même chose. Trevor s'approcha de la bagnole, histoire de savoir ce qui clochait. Les vitres étaient si opaques qu’on n’apercevait rien, même le nez collé au pare-brise ! « Laisse tomber, vieux, lança Michel. Tu connais bien le prof Ilobm». Notre garçon ne se fit pas prier. Pourquoi, en effet, devait-il se tracasser pour une chose dont il n’aurait jamais une explication dans ce bas monde ?
Une heure plus tard, les trois gaillards se tenaient calmement sur les bancs de la fac de géologie, les mains sur les joues, hautement concentrés sur un épineux problème d'algèbre. Ils avaient déjà oublié l'affaire de l'auto. Ils ne savaient pas qu’ils verraient plus étonnant encore dans les minutes qui suivraient.
À côté de Felipe roupillait un drôle de type, à la coiffure rasta. Il dormait voilà quarante-cinq bonnes minutes quand il se tira de son sommeil très placidement en se redressent machinalement. Ces yeux ne portaient aucune trace de fatigue ! Dormait-il vraiment ? Le drôle d’oiseau se leva comme un robot, puis regagna flegmatiquement la porte. Il avait laissé un syllabus sur le pupitre. Le trio, toujours plongé dans la matière, ne portait pas vraiment attention à l'individu jusqu'au moment où un bruit léger se fit entendre du côté de la place du garçon qui avait quitté la salle il y a cinq minutes. Felipe se retourna et n’en crut pas ses yeux : les pages du syllabus tournaient d'elles-mêmes ! Le vent n’avait rien à voir. C'est que les plafonniers, dans la salle sont à 4m au-dessus des têtes. En outre, les trois gaillards étudiaient au milieu de la salle, loin des fenêtres et à l'abri des courants d'air. Bref, les feuilles des fameuses notes se mouvaient sans explication rationnelle.
Notre trio resta abasourdi durant quelque secondes. C'est alors que Michel eut l'idée de filer le suspect propriétaire. Les manuels même pas rangés, les gars se précipitèrent immédiatement à la porte de sortie. Ils prirent le parti de longer le couloir interne de la faculté. Signalons que ce couloir va en descendant, mais pas en sous-sol, car il est des ouvertures menant vers l'extérieur dont les grillages sont fort serrés, si serrés qu’un rat ne pourrait passer. Vous verrez pourquoi j'insiste sur ce couloir et ces grillages...
Je disais donc que notre trio s'engageait dans l'allée menant vers le bas. Il avait pris la bonne décision. En effet, le rastaman de l'auditoire se trouvait au fin fond du passage. Apparemment, il semblait s'entretenir avec quelqu'un à l'extérieur. Une lueur tamisée provenant des tubes fluorescents baignait le couloir. Les gars se cachaient le mieux possible pour ne pas être vus. De toute façon, ils se trouvaient à bonne distance de l'étrange mec.
Dix minutes venaient de s'écouler que le garçon en rasta causait. Un moment, il se tut et demeura fixe pendant plus ou moins 30 secondes. Et l'incroyable se produisit : le drôle individu traversa les grillages comme s’il se fut agit d'un vulgaire voile, puis se retrouvât à l'extérieur du bâtiment !
Les trois gaillards accoururent vers la douteuse fenêtre. La surprise fut de taille : le mec bizarre marchait côte à côte avec un monsieur distingué qui, de dos (c'était malheureusement la seule posture visible de l'ouverture grillagée) ressemblait au prof de linguistique Zark Amile. Michel, Felipe et Trevor hallucinaient-il ? Possible, possible... toutefois, le syllabus, lui, n’avait pas bougé du pupitre. À présent, il était docilement fermé. En remarquant cela au retour de la salle, nos trois garçons pensaient la même chose : apporter le manuel au home. Après, on verrait bien ce qui pourrait arriver. Ainsi dit, ainsi fait.
Ce qui arriva, bien que dépassant l'entendement, était prévisible : le syllabus disparut de l’oreiller de Felipe purement et simplement ! À la place, notre gars découvrit à son réveil une note griffonnée à la hâte. C’était une lettre de menaces signée « l'étudiant d'hier soir ». Elle exigeait le silence dans toute l’affaire et ajoutait que, d'ailleurs, « qui le saurait ? ».
Grâce au ciel, nos gars confessent tous une même religion chrétienne. C'est après prières et jeûnes qu’ils jugèrent bon de raconter leur histoire à qui voulait bien les entendre. Le trio passa par des tests graphologiques en vue d'établir que les écrits de la lettre ne proviendraient pas de la main de l’un des gars. Il fut démontré que non. L'église, à son tour, mena une enquête dans le secret. Elle réalisa que le drôle de mec et le prof suspecté embrassaient une même loge dont je préfère omettre le nom. Évidemment, ni l'un ni l'autre ne furent au courant de l'enquête. Le trio, lui, n’est nullement dérangé jusqu'à ce jour. Espérons que l'investigation de l’église ne va pas transpirer et que, surtout, les gars sauront tenir leur langue en laisse...

Posté par Kule Tundira à 22:29 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

« QUE CELLE QUI FAIT CELA CESSE ! »

« QUE CELLE QUI FAIT CELA CESSE ! »

Faculté de Droit, deuxième Graduat. Un magnifique soleil filtre à travers les épais feuillages de manguier avant de tomber, doux, dans l’auditoire par les fenêtres larges circulaires. À n’en pas douter, ce samedi est une journée de balades au grand air. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui peut se taper de telles occasions quand bon lui semble, surtout pas les étudiants du local dont nous parlons, qui suivent en ce moment une rasante séance de législation imaginienne des biens, donnée par le Prof Etienne Alapmi, vice-doyen cette année.
L’enseignement est barbant à souhait, mais au moins les ¾ des camarades suivent le cours avec une attention soutenue. C’est que la matière en ques¬tion, non contente de figurer parmi les plus vastes et les plus indigestes du programme, possède une pondération élevée. D’où l’intérêt des étudiants vive¬ment attiré.
Alapmi est arrivé en milieu de séance du jour. Il synthétise son exposé en un tableau abstrus. C’est à ce moment précis que l’atmosphère de l’auditoire se trouvera modifiée pendant quelques minutes.
Alors que les gens sont occupés à recopier machinalement le schéma dressé à la craie, une phrase hautement énigmatique sort du gosier du Prof, tou¬jours en train d’écrire : « Que celle qui fait cela cesse ! », dit lentement Alapmi.
Interrogation générale de la salle en amphithéâtre. Des murmures naissent çà et là parmi les étudiants. On se pose même la question de savoir si le Prof ne déconne pas ou ne joue pas une comédie d’un goût douteux. La suite des événements prouve que non. Toujours le dos tourné à l’assemblée, le Prof lance une nouvelle absurdité apparente : « Mademoiselle, soit vous vous levez, doit vous vous mettez assise, autrement, j’arrête mon cours et croyez-moi, vous ne vous en sortirez pas si facilement ! »
À ces mots, les camarades ne peuvent s’empêcher de balayer du regard les places en gradins qu’ils occupent. Après quelques secondes de fouille ocu¬laire, ils comprennent enfin là où Alapmi veut en venir. En effet, au fond de l’auditoire, à côté de la porte ouest, une fille est agenouillée, les mains en crucifix sur la poitrine. Son teint de plâtre contraste énormément avec sa blouse et son jeans noirs. Ses bras sont lourdement chargés de bracelets de toutes natures et ses doigts de bagues de toutes formes. On peut facilement deviner que les mots que la demoiselle susurre ne sont pas une prière destinée au Christ, loin s’en faut.
La fille, par un geste lent, adopte une stature debout, puis regarde fixement le Prof. L’expression de son visage allongé est carrément menaçante : une vraie tronche de sorcière, dont le caractère effrayant est accentué par un maquillage excessif, style pute. Après un instant qui semble une éternité, mademoi¬selle baisse la tête et quitte l’auditoire comme si de rien n’était, au grand étonnement des étudiants qui en restent cois. Alapmi, lui, poursuit également ses enseigne¬ments, c'est-à-dire le dressement du tableau, avec l’air le plus naturel du monde ! La salle est si abasourdie que le silence règne en maître jusqu’à la fin de la séance.
Que penser de tout cela ? Les gens sont réduits à des hypothèses, moi itou, d’autant plus que personne n’a encore décidé d’ouvrir un dossier sur l’affaire. Lesdites hypothèses sont au nombre de trois :
- Soit le Prof est un fervent chrétien qui a senti par un don de discernement poussé que la fille voulait lui nuire par des incantations obscures

- Soit la fille « incantait » pour une raison qu’elle seule connaît, mais sans intention de nuire au Prof, ce dernier étant chrétien

- Soit enfin le Prof et la fille fréquentent une même loge mystique ou des loges mystiques différentes. Dans ce cas, la prière païenne de la demoi¬selle a eu ce jour-là un effet négatif sur l’être du Professeur, peu importe les intentions de la fille
Moi j’opte pour la dernière conjecture. Et vous, cher lecteur, quel est votre choix ?

Posté par Kule Tundira à 22:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 février 2008

LE VASE PERDU ET RETROUVÉ

LE VASE PERDU ET RETROUVÉ

Nestor Etunel, jeune homme d'affaires plus qu'aguerri, vient de rentrer d'Étrangvilles où il a négocié et gagné un juteux contrat dans les télécoms. Pour fêter l'heureux événement, notre célibataire monsieur a invité cinq de ses potes à une petite réception à domicile, mais bien arrosée. À 8 h du mat, le maître des céans se lève le premier. Suite à la soirée de la veille règne un grand désordre dans le salon, sans même tenir compte du fait que les fauteuils ont servi de lit. Mais en fin observateur, Nestor remarque bien vite la disparition d'un objet de son salon : un vase des plus précieux qu'il a acheté deux ans auparavant à Solarvilles. Il faut avouer que ce vase ne trônait pas sur une table ou sur un guéridon. Il était plutôt encastré de manière discrète dans un espace réservé à un coin de la pièce. D'un cri de colère et de surprise, notre homme d'affaire réveille ses cinq compagnons, trois gars et deux meufs.

  • « Eh, Nestor que pasa ?

  • Mon cher Térence, on m'a chipé mon vase en malachite doré !

  • Qui peut avoir idée de voler une telle laideur ?

  • Eh, Nora ! Pas de plaisanterie, hein ? Ce truc m'a coûté une véritable fortune, au moins sept de tes miteux salaires !

  • À part ce vase, rien n'a été dérobé ?

  • Apparemment, rien d'autre.

  • Je dois dire que nous avons affaire à un voleur hyper-scrupuleux !

  • Un voleur scrupuleux ? C'est quoi encore cette connerie, Manu ?

  • Ton salon est tout, sauf sous-équipé. Chaîne-hifi dernier cri, télé à écran plasma, tableaux prestigieux… Et notre cambrioleur ne trouve à chiper qu'un vase, bien dissimulé du reste.

  • En plus, aucun cadenas ni serrure n'ont été forcés, aucune vitre brisée…

  • Si vous voulez mon avis, les gars, et sans vouloir vous choquer, à la lumière de tous ces faits, j'ose affirmer que le bandit est parmi nous !

  • Insinues-tu que nous, tes potes, sommes des gens peu recommandables ?

  • Ça, j'ai pas dit, Melissa ! Je pense tout simplement que parmi nous se trouve un individu pas très honnête qu'il faudra démasquer.

  • Et que feras-tu maintenant ? Nous dénoncer à la police ?

  • Mieux. Nous irons chez Assurb Nepotek.

  • Assurb ? Mais c'est un marabout mal famé de la ville !

  • Peut-être a-t-il trempé dans des infractions irrationnelles une ou deux fois. Cela n'empêche pas cependant qu'il soit doué dans l'art de faire jaillir mystiquement la vérité.

  • Eh, stop ! Moi je suis catho jusqu'aux entrailles. Je peux pas plonger dans ce genre d'intrigues. Pas question que je me rende chez ce sorcier !

  • Attention, Térence ! À t'entendre parler, on croirait le voleur…Et ta foi, où la mes-tu ? Aurais-tu la pétoche devant les grigris ?

  • J'aime pas tenter le Diable.

  • Là, je suis sérieux, Térence. Si tu refuses de venir avec nous, ça risque de mal tourner pour toi !

  • Du calme, mon cher Nestor. Je n'ai jamais eu peur des occultistes, fussent-ils de la trempe de Assurb Nepotek.

  • Alors tant mieux, nous nous rendons chez ce dernier à l'instant même ! »

En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, nos six compagnons s'engouffrent dans la jeep 4x4 de Nestor, celui-ci étant au volant. Un quart d'heure plus tard, ils frappent à la grille du fameux Assurb Nepotek, un marabout tellement immergé dans l'obscurité occulte que le plus qualifié des soufistes y perd ses sourates (pardon… son latin). La pièce où les mène le sorcier arbore diverses amulettes, statuettes et talismans qu'aimerait bien posséder David Copperfield. Vraiment pas de quoi rassurer… Et d'ailleurs, Nepotek le sent et s'apitoie même sur le sort de ses visiteurs : « Je connais déjà le voleur, affirme-t-il. Qu'il se dénonce illico et je n'aurai pas à user de mes tours magiques qui, je peux vous l'assurer, sont assez éprouvants. »

Constatant qu'aucune réaction n'émane de Nestor ni de ses copains, l'envoûteur poursuit : « Je passe donc au test. Auriez-vous l'obligeance de vous servir une louche de l'eau qui se trouve dans cette casserole ? »

De son index droit, le marabout indique une vieille marmite noire au fond de la salle, dans laquelle plonge un ustensile ressemblant vaguement à une cuillère en bois.

  • « Pas question ! Je ne boirai pas cette mixture inquiétante !

  • Mademoiselle Melissa, bien que je sache parfaitement que vous n'y êtes pour rien dans ce vol, je vous convie à prendre de cette eau qui, vous avez ma parole de marabout, est chimiquement pure.

  • Comment connaissez-vous mon nom ?

  • Je n'ai pas de temps à perdre à répondre à ce genre de questions. D'autres clients m'attendent. Buvez, c'est tout… »

Sans insister plus longtemps, la fille boit une louche de cette eau magnétisée. Tous ces compagnons font pareil, quelque appréhension dans l'esprit, chacun se regardant l'un l'autre avec des yeux anxieux. Quelque seconde plus tard, Nora se met à toussoter et l'horreur se produit… À chaque quinte de toux, de grosses araignées vivantes sortent de sa bouche et courent rapidement vers la sortie de la salle ! Assurb Nepotk, d'un « silence ! » qui n'admet aucune réplique, calme les jeunes gens en cris, au bord de la crise de nerfs. De quelques pas autoritaires, il s'avance vers la voleuse désormais démasquée.

« Est-ce que c'est bien toi qui as volé le vase ? », demande le sorcier d'une voix menaçante. Nora, décidemment têtue, répond « non » d'une voix rauque. Dès cet instant, une vive douleur s'empare de ses entrailles. En position accroupie, d'un rot sec, elle expulse une espèce de mucus dans lequel baignent quelque 10 limaces de taille respectable.

  • « D'accord, c'est moi qui ai dérobé le vase ! », hurle Nora, le ventre tiraillé de gargouillis tellement violents qu'ils sont audibles.

  • « Où l'as-tu caché ? », demande Assurb

  • « Chez la voisine d'en face

  • Et comment a-t-elle pu l'obtenir

  • Ça, je vous dirai pas !

  • C'est ce qu'on va voir ! »

Nora sent brusquement quelque chose remonter rapidement son œsophage. Elle se met debout et se penche vers le sol. Contre toute attente, sauf celle du marabout, elle rend une formidable quantité d'asticots grouillants qui se répandent par terre en immense flaque. C'en est trop pour Térence qui perd connaissance instantanément à la vue de cette scène digne de l'Exorciste

  • « Je me suis levée à 5 h 30, j'ai appelé la voisine d'en face, lui demandant qu'elle se tienne devant la grille. Comme la sentinelle n'est pas venue, je n'ai eu aucun mal à lancer cette œuvre d'art par-dessus la grille, tout en sachant que même si elle tombait, elle ne se briserait pas, car elle paraissait solide.

  • Et qu'est-ce que la voisine a fait du vase, demande le sombre marabout.

  • C'est pas vos oignons, répond sèchement Nora.

  • Écoute, jeune fille. Ce que tu viens de faire sortir de ta bouche n'est rien, comparé à ce que tu subiras si tu ne nous racontes pas toute la vérité. Je suis en mesure de te faire vomir de telles choses que tu t'en souviendras au-delà même de ta mort !

  • J'ai demandé à la voisine de vendre le vase et qu'on se partagerait le bénef, sanglote Nora, hors d'elle

  • Tu me surprends terriblement, vocifère Nestor. Toi, une amie de la Fac, voire même du groupe d'études que moi, tenter un coup pareil ? Je n'en reviens pas !

  • Et alors, dit Nora en larmes. T'as tellement les thunes que c'est pas grave pour toi !

  • Non mais c'est quoi ce délire ? T'as pas honte de débiter de telles sottises ?

  • Eh, du calme ! Vos chamailleries ailleurs, tonne Assurb. Mes esprits servants me signalent que le vase n'a pas encore quitté la maison de la voisine. Payez-moi mes services ésotériques et courez-y. Comme je suis la bonté même, 20 I me suffisent amplement…

  • T'es pas un peu barjot, des fois, sorcier ? 20 I, c'est de l'arnaque !

  • Un peu de respect, jeune homme ! J'ai le pouvoir de te lancer un très mauvais sort. Change de ton ! Si tu ne me paies pas cash, je te souhaite bien du plaisir pour parvenir à sortir de cette pièce avec tes camarades.

  • Bon, d'accord ! Tiens ton billet. Allez, les gars, on se tire. Cette garce de Viviane, elle va voir de quel bois je me chauffe ! Et toi, Nora, je veux plus que tu mettes tes pieds chez moi !

Sur ces mots, toute la compagnie se retrouve dans le véhicule. Direction : le commissariat de police le plus proche où Nora est accusée sans pitié de vol et Viviane la voisine de complicité de vol. En ce moment, nos deux créatures du sexe féminin passent leur temps à compter les barreaux de la Prison Centrale de Préhistorvilles…

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10 novembre 2007

LE NIGHT-CLUB DES REVENANTS

LE NIGHT-CLUB DES REVENANTS

Au 18e Arrondissement de Préhistorvilles, Allée Amung, étincelle de ses artificielles lumières un night-club : l’Espoipon. On raconte dans toute la ville qu’à certaines périodes, de minuit à quatre heures, au moins 90 % des occupants de cette renommée boîte de nuit ne sont pas humains ! Il s’agit en quelque sorte de revenants ayant revêtu un corps physique, néanmoins mystique, qui hantent les lieux en vue de remplir une funeste tâche : expédier au royaume des morts un maximum d’individus. Pour ce faire, ils usent de méthodes diverses, mais tournant autour de pratiques séducto-hypnotiques dont ils ont le post-mortem secret. Ne faites pas comme Katia Awela qui s’est éprise d’un mec « mortel » qui, par chance, lui a avoué sa vraie nature sans porter la main sur la fille et surtout sans que celle-ci n’ait eu à contracter des rapports sexuels avec celui-là. Le bel homme était en fait décédé trois ans avant la rencontre au night-club, sa famille ainsi que sa pierre tombale l’ont témoigné ! Ne faites pas non plus comme Péguy Asum qui, lui, connut une fin tragique sur une sépulture du cimetière Fondakl appartenant à une jeune fille morte vingt ans plus tôt et qui a séduit le pauvre homme au point peut-être de coucher avec lui. Du moins le suppose-t-on, attendu qu’une capote pleine de semence trainait à terre, le garçon étant à poil…

Cher lecteur internaute, si d’aventure vous vous décidez de siroter nuitamment un bon Pastis au night-club l’Espoipon, je vous demande de vous munir de deux choses apparemment sans lien entre elles : une cigarette et… un miroir !

En effet, pourvu du second objet, faites semblant de vous arranger la tignasse. Si votre entourage n’est pas humain, il y a de fortes chances que le miroir vous renvoie des sièges vides ou des tables inoccupées, même si vos yeux voient plutôt pas mal de monde ! Attention à la pétasse qui s’invite où vous êtes. Si votre miroir ne la reflète guère, soyez certain que vous avez affaire à une revenante.

Pas de panique. L’air le plus naturel du monde, allumez une cigarette et fumez-la (ou feignez de le faire si vous n’êtes pas un consommateur de clopes). Il est sept chances sur dix que la pseudo-putain se sente brusquement mal à l’aise, comme nauséeuse. Soudainement, vous la verrez courir vers les toilettes où elle rendra éventuellement un liquide plus ou moins abondant généralement noir et à odeur de sang. Je vous conseille à cet instant précis de vider les lieux, car ces êtres jadis humains n’aiment pas être démasqués.

Cependant, il est trois chances sur dix que tous ces moyens de protection aient autant d’effets que l’eau sur les plumes d’un canard. Selon que le revenant a trainé dans son monde longtemps ou pas, l’efficacité des techniques sera plus ou moins émoussée. Autrement dit, votre fille de joie d’outre-tombe peut bel et bien apparaître sur un miroir et n’être aucunement incommodée par la fumée d’une cigarette. La seule chose dont vous devez user en ce moment est la prudence et ce, tous azimuts. C’est que, comme je vous l’ai dit supra, les revenants se servent de stratagèmes séducto-paranormaux pour trucider. Si vous êtes un dur à cuire qui ne tombe pas facilement sous le charme ravageur d’une femme (quoique morte), méfiez-vous du moindre de ses gestes. C’est qu’il s’avère courant qu’à l’aide de quelque poudre sulfureuse parfaitement incrustée sous ses longs ongles, la créature jadis humaine vous drogue via votre verre de liqueur… dans des cas extrêmes, elle peut même vous griffer et là, il est très peu d’espoir que vous vous en sortiez indemne, voire vivant. Qu’à cela ne tienne : dès que vous remarquez un comportement suspect de la personne en votre compagnie, trouvez une excuse pour vous en séparer et à l’avenir, mieux vaut ne plus fréquenter le night-club de votre rencontre.

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02 mars 2007

Bouffeuse de mémoire

Bouffeuse de mémoire

Mujinga TekeTeke étudie au collège Dino-aux-Roses en quatrième littéraire, interne depuis deux ans. Il y a tout juste trois mois, il lui est arrivé une affaire tout à fait étonnante qui a circulé dans l'institut et qui a rendu plus d'un élève soupçonneux.

Chaque jour (sauf le mercredi que le samedi), il y a étude de l'après-midi dans la grande salle. Les élèves ne sont pas disposés en désordre comme dans un théâtre. Les surveillants ont coutume de placer un élève brillant côte à côte avec un élément faible ou franchement cancre. Mujinga n'a pas échappé à cette règle : elle, toujours première de classe, était dès le début de l'année assise au même banc que sa « concurrente inverse », je veux dire la dernière de la promotion.

Un moment, notre fils constata qu’elle se mettait à éprouver plus d'efforts la rétention des notes. Elle pouvait rester sur une phrase 1/4 d'heures durant sans maîtriser la moindre syllabe ! À sa grande surprise, sa voisine devenait plus grande « mémorisatrice » : au lieu de trois heures passées quotidiennement sur les cahiers et des bouquins, la dernière de classe terminait l'étude au temps record de trois quarts d'heure ! Changement stupéfiant...

On commença à ne plus voir clair lors de la remise des points : Mujinga chuta de 16 places à la deuxième période et la cancre (ou « cancresse », peu importe) réalisa un bon mirifique de vingt places en méritant la... quatrième ! Application excellente.

Les profs croyaient naturellement que leur fille chouchou avait choisi le chemin de la négligence. TekeTeke subit un espionnage et une surveillance serrés, doublés d'une cotation on ne peut plus sévère. Ses points empiraient du jour au lendemain. L’on voyait bien que Mujinga se donnait au travail, mais tel était le règlement : récupération des élèves s'écartant de leur place, surtout si celle-ci est bonne.

Néanmoins, cette situation ne dura pas. Le préfet des études eut le pressentiment qu’il y avait dû louche là dessous. Les mesures prises à l'égard de la fille s’avéraient, selon lui, inutiles. Au cours de sa carrière, une telle affaire lui était encore une fois de plus rapportée, toute couronnée d'occultisme. Ce qui intriguait le plus notre homme : comment un cancre pouvaitil passer de la 25e la quatrième place sans étudier, et un élève brillant passer de la première à la sixième tout en bossant dur ? Après réflexion, il trouva le premier cas beaucoup plus illogique et étrange que le second. Par conséquent il fallait plutôt questionner la « bourrique parvenue » et laisser tranquille la « brillante bizarrement déchue ».

L'enquête se déroula au grand secret, à l'insu de tout le monde, sauf de quelques profs avisés et du proviseur. Ce dernier eut la belle idée de fouiller le casier de la voisine de Mujinga une nuit, alors que tout le monde dormait. Ô, surprise ! À part les objets classiques, on put rencontrer, éparpillés par-ci par-là, des morceaux d’ongles, un crâne humain, quelques photos (des portraits de Mujinga), trois ou quatre stylos, des poils, des cheveux et d'autres supports magiques ! La voisine de Teke-Teke qui était donc grande sorcier ! Tout ce bazar (Mujinga l'affirma) avait appartenu à la victime et parvint au cancre par un moyen ou par un autre, par vol (c'est le cas des photos) ou par soi-disant emprunt, le crâne excepté.

La nuit même, la direction fit appel à un magicien de renom. Celui-ci, après étude de reliques, décida de les débarrasser de toute énergie négative, opération qui prit quatre bonnes heures. Il ne fallait pas brûler les supports magiques, ca causerait la mort immédiate de la sorcière. Notre magicien jugea bon de jeter le tout au caniveau d'à côté, juste après l’avoir montré à Mujinga qui fut ramenée chez elle à la nuit.

Le lendemain matin, réunion du corps professoral. On décida le départ définitif de paresseuse. Quant à Teke-Teke, elle reprit sa place de première.

Morale : ne prêtez pas bêtement des objets à des individus douteux. Actuellement à Dino-aux-Roses, si vous essayez de demander une gomme, on vous répondra carrément qu’il y en a au marché !

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Quelques cas des charges occultes

Quelques cas des charges occultes

1. Échange des charges physiques

Lisa Fatura, une charmante étudiante en sciences sociales, surnommée par ses camarades d’auditoire « Misse Bottée » (elle porte presque toujours de longues bottes en cuir), rentrait à la pension assez tard : il faisait déjà 18 heures passées de dix minutes. La raison était des plus simples : un TP d’anthropologie avait retenu tous les élèves pendant plus de 10 heures, c'est-à-dire depuis sept heures du matin ! Tout le monde était exténué, Mademoiselle également. Alors qu’elle empruntait le boulevard Scarabreux, son chemin de retour, très fréquenté à n’importe quelle heure de la journée et de la nuit, Lisa se sentit comme attirée par une vieille femme qui porte un lourd fagot avec toute la peine du monde. Il suffit d'un bref regard entre Lisa et la vieille femme pour que quelque chose se produisit : la jeune femme ressentit soudain une énorme fatigue s'abattre sur elle, tandis que la vieille femme semblait à présent avancer avec toute la grâce et la légèreté qu'une personne de vingt ans peut afficher ! Sa charge avec un effet zéro. Son plan diabolique avait marché à merveille.

Fatura, elle, se traînait avec souffrance. Ce fut miracle qu'elle parvint à atteindre le pensionnat. Elle n'avait jamais éprouvé de son vivant pareille fatigue ! Sans même se changer, elle regagna le lit et dormit jusque huit heures ! Elle ne comprit que tardivement qu'elle avait servi de jouet à cette sorcière de la veille !...

2. Échange de maladies et des énergies nocives

Le marché principal de Préhistorvilles, Eznewplace, réunit toutes les catégories sociales, du président de

la République

au vil mendiant et il y est une couche spéciale, peu nombreuse, incluse dans toutes les catégories énumérables : celle des occultistes. Riche ou pauvre, on peut pratiquer la magie, on peut devenir sorcier de talent.

En voilà justement un (pas friqué, celui-là !) qui, après avoir suffisamment bourré un billet de cinq imagis de tous les maux dont il était la triste (ou l’heureuse) victime, le dépose par terre en plein marché, puis s'éloigne, très content de son forfait irrationnel.

Il ne faux pas dix minutes qu'un infortuné passe au lieu même où le jeteur de sorts a opéré. Quelle n’est sa surprise (et sa joie) de rencontrer par terre, traînant bêtement, un billet de cinq imagis ! La coupure est vite empochée. « Vraiment, ce pèze tombe du ciel ! Il manquait justement cette somme pour rembourser Dagobert », s'écrie notre passant.

Son bonheur est de courte durée. En effet, vers midi, le promeneur a soudain des maux de tête et des vertiges. Puis, ce sont des vomissements qu'ils abattent. Notre garçon pense à une attaque de paludisme. Il préfère regagner la piaule.

Malheureusement pour lui, la situation s'aggrave. Vers 14 h, une toux à faire trembler tout Imaginos le saisit et à 16 heures, une chose très surprenante lui arrive : de multiples fractures apparaissent soudainement dans ses membres l'on voit clairement les déformations de l'extérieur les hémorragies internes. On entend même (chose horrible) les os craquer ! Le jeune homme n'a pas le temps de crier : la douleur est tellement grande et les chocs si répétés que Mme la camarade coupe le fils de vie. Je veux dire par là que Monsieur rend son dernier soupir illico.

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02 février 2007

FAUNE, LUTIN OU SORCIER ?

FAUNE, LUTIN OU SORCIER ?

Quatre jeunes aventuriers récemment sortis du bac se sont organisés pour quitter Moltouvilles en jeep et se rendre à Préhistorvilles. De la, il pourrait facilement atteindre l’étang aux Croacrazores, leur lieu de destination, en fait, une excursion de trois jours. Nous ne pouvons vous reporter ce qui s'était passé, mais sachez que la promenade fut une réussite. À contrecœur et assez tard (je ne sais pas pourquoi, peut-être pour profiter des derniers instants) Ralph Masdow, Diego Ivano et Francine Letrimer filaient tout droit vers leur ville-escale. Après un sommeil réparateur, ils prendraient résolument le chemin de retour aux environs de 11 h 30, du moins ils le pensaient. S’ils savaient, les pauvres !...

v      « Je plains Cyprien à mort. Dommage qu'il ait raté l’excursion à cause de sa grippe

v      Quand je lui disais de n'est pas amuser avec le môme de la charcutière ! Cette contagion, je espère, va trancher leurs relations vachement débiles

v      Toi et tes jeux de mots, Diego ! On sait que c’est ta seconde nature, mais quand même...

v      Par moments, je me demande si on a raison de rentrer à minuit passé. Un coup de chance qu’on n’ait pas loué une décapotable

v      Ah, Francine ! Toujours aussi optimiste. En plus, tu crois aux fantômes...

v      Cet endroit ne me dit rien qui vaille. Il y a même pas de lampes et il fait noir comme là où je pense. Et ces secousses me donnent envie de gerber.

v      Eh ! Il y a même pas trente minutes que t’as dégueulé toute la bouffe du camping. Ça m’étonne qu’il te reste encore quelque chose le ventre... putain ! Voilà que ça lui reprend !

v      Changez de conversation, là derrière, voulez-vous ? Vous n’avez jamais eu le mal de transport ?

v      Peut-être que c'est de ta faute si Francine ne se sent pas bien. Tes tripes de mouton étaient un véritable tord-boyau. Tu es un véritable ‘intoxicateur’ ! La prochaine fois, c'est ... »

Tout à coup, la bagnole entre dans un bref état de déséquilibre. Les passagers ressentent au même moment une vive secousse. On dirait que les roues ont cogné quelque chose.

v      « J'ai failli me casser la mâchoire sur le pare-brise. Encore ces maudites routes asphaltées parsemée de gros cailloux merdiques

v      Faudrait les retirer pour que le prochain véhicule ne danse pas, comme ce fut le cas du nôtre

v      T’as raison, Mireille, je fais marche arrière »

Arrivé à quelques mètres du léger incident, Ralph, notre conducteur, décide de descendre afin d'enlever les pierres. Quel n’est son étonnement de voir, à la place, un corps gisant à terre ! Apparemment, ça ressemble à un homme aux jambes velues, terminées par des sabots, portant culotte, à la poitrine écailleuse. De son front sortent deux espèces de cornes noires comme son teint et ses yeux. Cette espèce de nain au nez crochu laisse entrevoir un sourire (disons un rictus) on ne peut plus sournois.

v      « Eh, les gars ! Venez donc regarder le drôle de poisson que j'ai pêché. Décidément, on verra toute sorte de bêtes dans ce bled

v      Hier, a photographié des lézards à nageoires. Voilà maintenant qu'on se trouve devant cet animal sorti du gouffre de la nuit, véritable abysse de la nature

v      Poétique, Diego... et si on le prenait en photo, comme tu le dis ?

v      T’es sûre que l’idée n’est pas mauvaise ? C'est peut-être un lutin il est capable de nous jouer des tours !

v      Je constate, ma chère Francine, que les contes de fées t’ont complètement travaillé l’esprit. Non seulement que je vais mitrailler ce semblant d'être vivant (un véritable morceau de bois, oui !) avec le Kodak, mais en plus, devine... Je vais l'enfermer dans la cage du coffre arrière, tu sais, celle-là même qui nous a été offerte par le garde-chasse du parc. Il est si minus qu’il tiendra comme un gant

v      C’est ça, Ralph ! On obtiendra le scoop avec cet hybride géologique. L'institut Urx Rolando l'achètera à une véritable fortune ! Voyons voir... il reste encore deux poses. Écartez-vous ! L'artiste est à l'œuvre. Attention… TCHAK ! TCHACK ! Maintenant on l’embarque dans l’arrière

v      J’ai comme un mauvais pressentiment

v      Arrête, Francine, tu me fais peur... »

Nos jeunes globe-trotters ne regagneraient-ils pas Moltouvilles bredouilles ? Les voilà fonçant tout droit à Malether dont les faubourgs sont maintenant à moins de 10 km...

v      « C’est la x exposant infinième fois que je te dis que la cage a des barreaux tellement serrés que même Iron Man resterait bloqué. Dur comme fer j’y crois.

v      Ça remue dans le coffre. Et ne me chante pas que c’est la route qui regorge de nid-de-poule

v      Tes observations à dormir debout ont fini par me donner sommeil. Je crève de fatigue. Mireille, ma chère, tu me réveilleras lorsque les premières lueurs de Préhistorvilles frapperont ta rétine

v      C’est étrange, moi itou je suis cassée. Pourtant, c’était la pleine forme il n'y a pas deux minutes

v      Dommage ! Alors ce sera Francine qui le fera...

v      Rêve toujours, blanc-bec !

v      Boudeuse, va...

v      Ne t’en fais pas, mon vieux Ivano. N’oublie pas que je conduis. Je vais vous tirer de vos songes au moment opportun

v      Ralph, t’es un amour. »

Cinq minutes plus tard :

« J’ai comme un petit coup de barre. Et j'étouffe un peu. Ah, je vois... Mireille a retiré ses boots. Encore... oh, ma tête qu’elle pèse des tonnes ! Résiste, Ralph Masdow ! T’es un dur à cuire, que diable ! Tu vas... quand même pas... t’endormir... sur le... volant... »

Le trou noir...

6:30... Francine Letrimer réveilla la première. Quel ne fut son effarement lorsqu'elle sentit les rayons du soleil la frapper sur son visage... à l'intérieur de la jeep ! Presque machinalement, elle secoua ses compagnons, la tête dans les vapes. Le comble est que nos passagers, par on ne sait quel phénomène, se retrouvèrent sur un sentier totalement inconnu d’eux. Par bonheur, leur « sac à malices » contenait un mini-GPS qui leur permet de se localiser en latitude et en longitude. La réalité s'avérait choquante : le véhicule était stationné à environ 200 km de Préhistorvilles, à l'extrême sud de Fibreux...

Tout doute se dissipait : la science ne pouvait à cette situation donner une explication plausible. Après ce semblant de déduction, Diego partit instinctivement vérifier la cage dans l’arrière. Comme il fallait s'y attendre, elle était vide. Les barreaux ne souffraient ni d'aucune égratignure ni du moindre choc. Le coffre, lui, était toujours fermé à gros cadenas ! La chose, pour ainsi dire, s'était volatilisée.

Résolument, nos jeunes aventuriers prenaient la direction de Malether, fortement aigris et furieux. Nul ne souffla mot pendant des heures, pas même le verbeux Diego. Ralph filait à mort, les nerfs en pelotes, aidé de la boussole du tableau de bord. La route n’était qu’irrégularités. Chose étonnante, Francine ne ressentait plus aucun malaise. Mireille se contentait d'admirer le paysage.

Les premières habitations de Préhistorvilles se dessinaient sous le faible clair de lune... à trois heures du matin ! Oui ! Notre conducteur avait roulé vingt heures durant, qu’on peut réduire à 18 heures si on supprime la pause de deux heures que la Mitsubishi a faite de deux heures à quatre heures de l'après-midi. Les globe-trotters novices se jetèrent vers cinq heures sur les lits de l'hôtel Abmis, au troisième arrondissement, exténués jusqu'aux os les plus petits. Ils sombrèrent tous dans un sommeil réparateur de 12 heures.

L'aéroport ultramoderne de Moltouvilles apparut à nos jeunes gens le lendemain vers 15 h. Ces derniers n'avaient plus envie de monter dans une voiture et avaient préféré prendre l'avion. La jeep serait remorquée vers le domicile de Ralph quelques jours plus tard un service ad hoc.

Notre quatuor (surtout les garçons) n’avait qu’une seule idée dans l'esprit dès qu’il regagna la piaule : développer illico les photos.

Tout enthousiasmés, les aventuriers entraient dans le studio du coin ; archi-aigris ils en sortirent. Tous les clichés négatifs avaient complètement noirci ! Les ex-finalistes de la terminale devraient à présent supporter la double perte : celle du souvenir de leur voyage et celle des photos-scoop. Ils passèrent plusieurs mois pour d'authentiques farceurs...

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16 janvier 2007

Lévitation et combustion

Lévitation et combustion

Deux semaines environ après la rentrée académique, le campus de Préhistorvilles organise une boom spéciale pour l'accueil des nouveaux étudiants. La journée débute toujours par un discours du recteur, suivi de multiples divertissements, et se termine le plus souvent par des réjouissances libres dans les bars et les homes. Certaines d'entre elles s'avèrent purement orgiaques.

Les faits que nous transcrirons ici bas se sont déroulés le 1er novembre 1999, au home 30, chambre 3636, un numéro qui en dit long, selon certaines gens disciples de l'ésotérisme. Mais je préfère me passer de commentaires.

La chambre 3637, en cette soirée spéciale, contenait pas moins de dix personnes, déjà que c’est la plus spacieuse du couloir 36. L'ambiance était plutôt chaude, pour ne pas dire sexy. Tous les camarades filles et garçons se livraient agréablement à des attouchements plein de sens. Certes, l'acte n'était pas encore consommé, mais les humeurs embuées par l’alcool présageaient quelque chose de pas très bon. En effet, les ados avaient ingurgité des quantités non négligeables de bière locale et d'autres mélanges difficiles à décrire. Le pire à craindre arriva, c'est-à-dire une totale débauche, vers une heure du matin. Elle fut interrompue par une musique on ne peut plus sinistre quelques minutes plus tard. Elle provenait de la chambre voisine, le 3636.

Les ados percevaient depuis bientôt trois heures ce fond sonore étrange, mais n'y prêtaient pas attention. Cette fois-là, non seulement que le son augmentait en intensité, mais en plus, les airs joués étaient franchement à dresser les cheveux sur la tête. En effet, des bruits macabres similaires à des mastications mêlées à de cris de bébé s’ajoutaient au son peu catholique.

Les ados commencèrent à éprouver quelque peur. Mais il fallait bien qu’un intrépide ait le courage d’ouvrir doucement la porte du 3636 sans se faire remarquer des occupants. Après s'être rhabillés, nos jeunes gens, toujours sous les vapeurs de la boisson, eurent quand même l'idée de tirer au sort trois camarades. C'est que personne ne désire s'approcher de la chambre voisine. Furent désignés pour inspecter les lieux deux garçons et une fille, tous heureusement de forte constitution.

En quelques secondes, les durs à cuire camarades se trouvèrent devant la porte de la fameuse chambre. En vérité, ce qui en sortait d’audible ne pouvait rassurer ! Les deux gaillards tremblaient comme des feuilles. Honte à eux, car ce fut la fille qui prit son courage à deux mains et ouvrit assez précipitamment la porte. Sa réaction fut aussi violente qu'inattendue : au lieu de hurler, Mademoiselle dégueula sur place toute la bière qu’elle avait ingurgitée. Certes, ce n’était pas beau avoir, mais ce qui se passait dans la chambre 3636 était de loin plus immonde.

Une lueur rougeâtre inondait le local et le son d’outre-tombe sortait d'une chaîne hi-fi alimentant deux haut-parleurs de taille moyenne. Une odeur de charogne régnait dans les lieux. Elle provenait des bocaux placés aux quatre coins de la salle et en plein milieu. Une douzaine de jeunes, tous sexes confondus, formaient un vaste cercle autour du bocal central. Tous étaient à poils et se contorsionnaient d'une manière à la fois obscène et malveillante, comme en état de profonde transe. De leur gorge fusaient des hymnes intraduisibles et horribles à la fois, parfois des cris bestiaux. Le plus surprenant fut qu'un tout jeune garçon d'environ 15 ans se tenait presque immobile en lévitation à deux mètres du sol. Du sang coulait de ses mains et de ses jambes, comme s'il avait été mutilé.

À la vue de ce spectacle troublant, l’un des gaillards « éclaireurs » courut en hurlant vers la chambre d'où il venait. La fille intrépide gisait sans connaissance. L'autre gars s'efforça de la tirer en vitesse. Il manqua de glisser dans la mare de vomi. Il parvint tant bien que mal, fou de trouille, à regagner la chambre 3637 avec sa compagne.

On dut attendre près d'une heure pour que des propos cohérents et intelligibles émanent des trois envoyés, désormais débarrassés de leur ébriété. Les trois témoignages entendus et la chambre parvint plus ou moins à reconstituer les faits. Entre-temps, la musique sinistrolugubre avait cessé. Il fallait encore une fois que quelqu'un eût l'audace de jeter un coup d’œil à l'insolite chambre.

Igor, le plus costaud du groupe, fut naturellement désigné. Arrivé à la porte du 3636, il eut au moins la politesse de toquer. Le calme pesait, mal à propos. Et devinez quoi ? On ouvrit ! Un jeune homme des plus ordinaires se pointa au seuil. De l'extérieur, on pouvait voir que les occupants de la chambre suivaient tranquillement la télé, de la façon la plus insouciante ! De quoi péter un plomb !

Igor s'excusa, prétextant s'être trompé de chambre, c'est que le garçon à la porte accepta et goba sans problème. De retour au 3637, il sauta sur son cellulaire et composa frénétiquement le numéro d'urgence de la garde universitaire. C'est qu'il avait un mauvais pressentiment et trouvait que cette affaire ne tourne pas rond, alors pas du tout. Il était, en effet, quasi impossible qu’en une nuit, l'on parvienne à changer complètement la disposition de la salle est, qui plus est, sans déplacement des meubles à l'extérieur et sans bruit, d'autant plus que la chambre 3636, dans sa forme générale, ne permettait pas une telle manœuvre, les voisins complètement dupes.

Le service nocturne de la garde était plutôt expéditif, car il arriva au home 30 en moins en moins de cinq minutes et en chambre en deux temps trois mouvements. Il prit totalement au dépourvu les résidents suspects. On procéda à une fouille méthodique. C'est qu'on découvrit atteignait le summum de l'horreur : tous les témoins en avait la nausée. Les bocaux contenaient des morceaux épars de fœtus en décomposition avancée. L'une des filles, en apercevant cela, tomba en pâmoison. Diverses amulettes à base d’ossements humains se retrouvaient dans les tiroirs, ainsi que des photos, sceaux et pentacles plus qu’occultes. On exhuma en vérité les traces d'une assemblée de culte satanique en plein jour (disons en pleine nuit).

Le gourou se dénonça sans trop d'acrobaties. Les sacrificateurs étaient faits comme des rats. Néanmoins, aucune trace de chaîne musicale, encore moins de CD blasphématoires, ne fut retrouvée. Un mystère qui reste entier jusqu'à présent.

Dans les 48 heures qui suivirent, on réussit à démanteler la filière. On sut que les étudiants de la chambre 3636 appartenaient à une confrérie tentaculaire servant le diable de toutes ses forces, confrérie solidement implantée dans tous Préhistorvilles. Une telle affaire relevait d'un tribunal particulier instauré dans la ville depuis 1986 : le Tribunal des Litiges Mystiques. La peine infligée au criminel s’avéra assez lourde : vingt ans de prison ferme pour les adeptes, 40 ans pour le gourou.

Croyez-moi, la chambre 3636, en dépit des séances d'exorcisme qu'elle connut, n’a pour le moment personne comme locataire. On n'est jamais trop prudent. En effet, il convient d'éviter de tenter le diable...

Prison de Zotrabol, le 10 octobre 2000

Environ une douzaine de corps calcinés à l'extrême sont transportés dans des civières vers deux ambulances. L’autopsie sera pratiquée par des agents secrets de l’E.I (espionnage Imaginos). C'est que les cadavres couverts par les draps ont tous subi ce qu'on appelle « combustion spontanée » la veille vers 22 heures quart, selon les gardiens de services. Une odeur de chair brûlée ainsi qu'une épaisse fumée emplissaient les couloirs. Elle provenait des chambres des satanistes jugés et arrêtés le 10 novembre 1999. On les trouva carbonisés dans leur lit, bien que les draps n’aient grandement souffert de la chaleur, phénomène fréquent en combustion spontanée.

Les services secrets menèrent une enquête en vue de déterminer la cause de ces « feux de joie humains ». Elle se solda par un échec atteint. Néanmoins, les parapsychologues dégagèrent des faits une drôle de coïncidence : tous les criminels sont morts exactement à 22 heures quart, 333 jours après leur incarcération. Ce nombre est un diviseur du « chiffre » de la Bête, vous le remarquerez aisément. Aurait-il un lien avec les pratiques noires auxquels les détenus se livraient de plein cœur ?

La réponse vous appartient, cher lecteur...

Posté par Kule Tundira à 09:44 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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