09 août 2006
QUATRE LIEUX MAUDITS DE FIBREUX
QUATRE LIEUX MAUDITS DE FIBREUX
Fibreux, la région d’Imaginos la plus orientale, fourmille d’endroits sur lesquels pèsent des interdits qu’il serait plus que prudent de ne pas braver. Plus d’un ont perdu la vie en voulant jouer aux durs à cuire entêtés.
Je nous cite ici que quatre coins de la région dont la réputation sinistre n’est plus à démontrer. Je ne vous en dis pas plus et vous laisse lire mes descriptions…
Le fucus du Quartier 23
À moins de deux kilomètres des auditoires du Campus de Préhistorvilles se trouve la zone résidentielle réservée aux profs. Au sommet du site universitaire se dresse un imposant arbre de type fucus qui domine tout le Quartier 23, au Sud. Son aspect lugubrissime se remarque de très loin. De jour comme de nuit, le végétal paraît menaçant et nourrit les esprits des pensées obscures.
Non content d’inspirer une peur panique, le fucus du Quartier 23 s’avère un lieu de cérémonies nocturnes. Occultistes de tout bord, sorciers de tout poil, professeurs, étudiants et autres s’y rassemblent en vue d’ « incanter ». On a déjà aperçu au petit matin des éclaboussures de sang humain sur son gros tronc !
Autre détail d’importance : aucun oiseau ne niche ni ne se perche sur le sinistre arbre ! De plus, certaines études ont démontré que le fucus du Quartier 23 constitue un paratonnerre très puissant qui protège de la chute de foudre tout le site universitaire ! C’est peut-être là son seul bon côté.
Mais pourquoi donc est-il considéré que le fucus est un lieu maudit ?
C’est que depuis des lustres, un tabou frappe énergiquement l’étrange végétal : nul ne peut le couper ni le déraciner et tenter pareille aventure pourrait s’avérer très préjudiciable, voire mortel.
En février 1993, l’évêché de Préhistorvilles - Dieu sait quelle mouche l’a piqué - obtint l’autorisation administrative nécessaire en vue de faire disparaître du Campus le sombre fucus. Pour ce, une équipe de bûcherons rodés et bien bâtis fut sollicitée. Le tronc du végétal pouvant atteindre près de un mètre et demi de diamètre, il a fallu user de moyens dignes de ce nom. On eut d’abord recours à la tronçonneuse. La tentative se solda par un échec cuisant et une amputation de bras. En effet, dès que la scie frôla l’arbre, elle repoussa violemment le bûcheron qui fit un faux mouvement… si vous voyez ce que je veux dire. C’est comme si l’écorce était de métal ou de pierre !
L’équipe de bûcherons prit ensuite le parti de déraciner le fucus à l’aide d’un gros camion-benne. La chose se termina par le décès du chauffeur qui se retrouva la poitrine broyée par le volant du véhicule. En effet, lorsque la benne cogna l’arbre, le camion freina très brusquement. Le végétal s’en sortit sans égratignure !
Nos bûcherons chevronnés eurent enfin l’idée de dynamiter le tronc du mastodonte chlorophyllien. La lourde charge explosa avec fracas. Alors qu’on s’attendait à voir s’envoler des copeaux de bois, ce fut une lourde fumée qui se dégagea qui, en se dissipant, laissa voir le fucus intact et solide comme un roc !!
Terrorisés, nos hommes forts s’en allèrent littéralement en courant, pour ne plus jamais revenir…
Vous comprendrez sans peine que jusque maintenant, le fucus du Campus de Préhistorvilles dresse orgueilleusement sa stature sans être inquiété le moins du monde…
Le bois et le village de Tombolo
À environ 300 km à l’Est de Préhistorvilles se dressent, au milieu de nulle part, un bois très dense et une minuscule clairière à l’intérieur abritant un petit village. La végétation touffue et les cases qu’elle abrite portent le nom de Tombolo. La population du bled est d’un type particulier, mi-papou, mi-bantou. Elle compose près de 80% de la population de Malether (). Mais ce n’est pas ce qui importe maintenant. Je suis occupé à vous démontrer en quoi Tombolo et son bois sont un secteur pourri.
La zone de Fibreux sous examen s’avère un concentré de haut mysticisme, véritable poumon sorcier de la région. Toutes les pratiques noires d’Imaginos Oriental sont issues de ce sale coin. Y accéder est non seulement ardu, mais surtout pas très indiqué. En ressortir relève du miracle, à moins d’une volonté expresse du chef du village (un sorcier patenté, du reste).
C’est qu’aucune voie terrestre ne mène à Tombolo. La raison est aussi simple qu’inexplicable : Tombolo et son bois, à première vue, sont invisibles de zéro à cinq cents mètres d’altitude !! Les données GPS du fameux patelin ne correspondent jamais. Selon le cas, soit on aboutit à une plaine rocailleuse, soit un grand lac non répertorié bloque le passage ! Par la voie des airs, tout dépend des heures. Jusque vers environ 18 h, le bois épais de Tombolo se laisse parfaitement voir. Mais dès la tombée de la nuit, la végétation se mue en une vaste étendue aqueuse, bien évidemment non répertoriée ! Est-ce le lac visible par moments sur terre ? Seuls les Tomboliens le savent. Parfois, un îlot se dessine sur cette masse liquide. Mais toujours est-il qu’au fur et à mesure qu’on chute en altitude, l’eau devient arbres et l’îlot se change en une clairière sans âme qui vive.
Alors qu’atterrir sur le sol nu ne pose généralement pas problème, nul n’a pu parvenir au village de son propre gré : le voyageur téméraire est victime d’hallucinations et de tours de passe-passe aussi multiples que troublants. Il finit par se faire attraper, plongé dans un état presque second. Si le chef du village s’est levé du bon pied, chose qui arrive rarement, ledit voyageur peut avoir la vie sauve. Mais il ne s’en sortira presque jamais indemne : traumatisé, il peut nous revenir avec un fusible qui a sauté. Au cas où le chef du village serait d’une humeur massacrante, ce qui, malheureusement, constitue le cas le plus fréquent, le pauvre voyageur subira les pires tortures que l’on puisse concevoir, inénarrables, horribillissimes et gorissimes. Découpé en morceaux dont la grosseur variera au gré du tempérament du cuisinier de service, notre voyageur explorera, juste le temps de mijoter, la grosse marmite bien assaisonnée. Encore un repas de choix pour le village… Vous l’aurez vite deviné, les Tomboliens sont des anthropophages attitrés !
Une dernière chose avant de clôturer ce point : le Tombolien qui quitte son village ou le visiteur qui parvient à ne pas servir de pâture à la population locale sont frappés d’un interdit : qu’ils ne foutent plus jamais leurs panards dans le patelin. Sinon…
Le kilomètre 723
J’en ai longuement parlé dans l’un de mes témoignages (voir http://imaginosparanorm.afrikblog.com). Pour rappel, il s’agit d’un lieu, d’un petit village en fait, qui longe la route Préhistorvilles - Olokilo au 723e kilomètre. En temps normal, traverser le fameux tronçon ne gêne personne ; les habitants du village sont même très accueillants et peuvent vous offrir l’hospitalité pour quelque temps.
Mais il est prohibé au plus haut point de circuler dans le coin les nuits du mois de juin, voire de séjourner dans le village au courant de juin, de nuit comme de jour. Des pancartes le signalent déjà à la sortie de Malether et tout le long du tronçon jusqu’à Olokilo.
Que diable le kilomètre 723 renferme-t-il comme terrible secret ? Voici la réponse :
De minuit à cinq heures du mat, chaque jour en juin, d’étranges rituels se déroulent en pleine route le long du village. Ce sont de véritables épreuves de force magiques au courant desquelles même les éléments sont ébranlés ! Aux dires de certains, les plus grands occultistes et satanistes de la région s’y rendent, histoire de s’élever spirituellement ou de monter en grade !
À l’occasion de ces cérémonies pour le moins sulfureuses, le moindre témoin gênant ou le moindre profanateur n’a aucune chance de survivre les heures qui suivent : il crèvera dans des conditions effroyables. Que n’a-t-on pas vu comme cadavres ? Certains corps ont été retrouvés mystérieusement vidés de leur sang ; d’autres décapités, éviscérés, éventrés, rôtis, parfois jusqu’à la calcination. Des camionneurs ont même aperçu des vêtements étendus par terre, comme si le corps s’était évaporé ! La liste est longue…
Une question vous brûle sûrement les lèvres : les enquêtes n’ont servi à rien ou quoi ? Eh bien, les enquêtes ont cessé définitivement début 2004. En effet, les espions qui se sont permis de s’infiltrer de jour dans le village, histoire de fouiner dans les cases, ont connu un bien triste sort et ne sont jamais rentrés raconter leur trouvaille. Ceux, plus sages, qui se sont fait passer pour des voyageurs ordinaires et qui, par conséquent, ont mené leurs investigations d’autres mois de l’année, n’ont rien trouvé de suspect !
Haut mysticisme, quand tu tiens certains…
Le Mont Aïçapik
Le pic le plus élevé d’Imaginos se dresse à l’extrême Nord de Fibreux. Il culmine à exactement 21042 m !! J’ai nommé le Mont Aïçapik. Nul alpiniste, nul aventurier, nul scientifique, quel qu’il soit, n’a déjà atteint sa cime… même en trichant.
Des alpinistes entreprenants et intrépides, plusieurs fois au cours de l’histoire, ont essayé sans succès, et au prix de leur vie, d’escalader le mont interdit. En fait, l’altitude maximale atteint n’a jamais dépassé 5500 m ! Il est toujours une catastrophe qui décime l’équipe qui a pris le parti de grimper. Si ce n’est pas une avalanche, alors c’est un accident du genre chute dans un précipice ou éboulement de terrain. Parfois, la mort survient suite à une épidémie non identifiée, non pas que le mal tueur soit inconnu, mais plutôt parce que personne n’ose partir chercher les corps, histoire de les autopsier. En effet, une fois gravie la montagne, même de quelques mètres, on n’en sort jamais vivant…
Vous devinerez sans peine avec moi pourquoi seules les bêtes sauvages peuplent les environs du Mont Aïçapik.
Ceux qui ont des moyens plus substantiels ont même tenté de parvenir au sommet du mont… en avion ! Ce fut l’affaire de l’Armée imaginienne et de quelques milliardaires déjantés. À chaque fois, les choses tournaient mal soit pour l’aventurier, soit pour toute l’équipe.
En effet, au moins deux fois sur cinq, une panne inexplicable bloque les fonctions essentielles du véhicule aérien. Conséquence : le crash inévitable. Quant à la boîte noire, personne ne veut se risquer dans le coin dans l’unique but de la retrouver.
Les trois fois sur cinq restantes, des individus pour qui tricher n’inquiète guère ont pris le parti d’atteindre directement la cime en hélico. Alors que l’équipe en vol s’en sort toujours indemne, l’aventurier alpiniste de nom, lui, y laisse toujours sa peau… Explication : dès que l’individu dépêché pour parvenir à la cime pose ses pieds sur le givre épais () à plus de 21 km d’altitude, un mystérieux oiseau tranche net la corde qui relie le soi-disant alpiniste à l’hélico. Puis, comme par magie, l’engin reste en sustentation tant que le pilote a l’intention de secourir le pauvre homme et reprend ses mouvements lorsque ledit pilote désire s’éloigner du pic, ce qui est toujours le cas, car personne à bord ne compte crever suite à une panne sèche. La conséquence est funeste : l’aventurier au sommet du mont est condamné à mourir gelé.
Il ne faut pas être professeur de physique quantique à Stanford pour remarquer qu’ici, des forces paranormales agissent au grand mépris de la science rationaliste. Que fabrique donc en effet un volatile à plus de 10000 mètres, là où l’oxygène se fait très rare et là où ça caille comme pas possible ? Et avec quel type de bec coupe-t-il un câble en acier de 12 cm de section ? Comment les commandes de l’hélico se bloquent-elles et se débloquent-elles selon les intentions, même non exprimées, du pilote ? Vu que je ne verse point dans les sciences occultes et ses pratiques connexes, j’ai pas d’explication à vous fournir pour rassasier votre appétit du mystère.
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