Aller-retour original…

L’Honnêteté, je ne vous apprends rien, figure parmi les qualités morales les plus enviées en ce monde corrompu. Or, il est de ces individus qui se complaisent jusqu’à l’orgasme dans des activités et circuits on ne peut plus douteux. Heureusement, à ce genre d’énergumènes, la nature, ô combien vengeresse, rend très souvent la monnaie de la pièce.

Fulgence Adnakim, un jeune homme véreux, en a fait la triste et édifiante expérience…

Fulgence est un soi-disant musicien de profession. Je dis « soi-disant », parce qu’il chante comme pas permis. Conscient de ses maigres talents en la matière, il sait parfaitement que la vie lui sera ingrate s’il ne s’accroche qu’à cette profession. C’est ainsi que, depuis belle lurette, notre escroc cumule des tâches par trop suspectes, mais assez lucratives. En effet, en deux mois seulement, Fulgence est parvenu à réunir une somme nécessaire à la confection d’un faux passe­port, à l’obtention d’un faux visa et d’un billet aller-retour Préhistorvilles-Moltouvilles (vrai, celui-là !)

Le voilà qui monte dans un avion Prixon, la conscience libre, mais les mains char­gées des méfaits de tous noms. Qui ignore, dans le quartier, que Fulgence a ruiné cinq orchestres de renom en trafiquant leur D.A.T ? N’est-ce pas ce même Fulgence qui a discrédité dix dépôts en leur vendant du sable à la place du sucre ? Pire ! C’est Fulgence qui s’est érigé en pasteur et a détourné l’équivalent de 40 000 $ ! Et je ne cite là que des faits mineurs…

Adnakim prend l’avion, arrive à desti­nation, loue un hôtel 3 étoiles au centre-ville et croit y rester deux mois. Le pauvre ! Il ne sait pas qu’il ne passera pas une seule journée à Moltou­villes. Voyez donc la chose incroyable qui va lui tomber comme une enclume…

Fulgence est exténué. Dix mille kilo­mètres en avion sans escale, quoi de plus épuisant. Une bonne douche froide ne peut être de refus…

Dans un peignoir trop élégant pour vê­tir pareille racaille, notre crapule se dirige pompeu­sement vers la salle de bains. Après une toilette d’une demi-heure où s’il s’est débarrassé de sa crasse corporelle (non de sa crasse d’esprit), Adnakim prend le parti de sortir regagner sa chambre. Dès qu’il ouvre la porte, un éblouissant soleil le frappe au visage (une tête qui n’inspire que méfiance). Fulgence est aveuglé dans un premier temps. Peu après, lorsqu’il s’accoutume à la vive clarté, il n’en croit pas ses yeux…

Fulgence a les pieds enfouis dans la vase d’une rivière. Après quelques réflexions, il réalise qu’il s’agit de la rivière Stégonia qui cein­ture le Nord et l’Est de Préhistorvilles ! Le jeune se retourne pour voir s’il a bien laissé la salle de bains derrière. Ô, pure surprise et grande peine ! L’hôtel 3 étoiles s’est transformé en une miteuse case abandonnée.

Complètement sonné, Adnakim avance en titubant, bien vêtu de son peignoir. Un camion sans phare ni pare-brise manque de l’écraser.

L’erreur n’est plus possible : Ful­gence se retrouve dans la banlieue de la ville à laquelle il a fait ses adieux il y a moins de 12 heu­res ! Le malheureux gars, par je ne sais quel habile tour de magie (noire, probablement), se retrouve à la case départ comme s’il n’avait jamais foulé le sol de Moltouvilles.

L’amer constat fait et refait, Adna­kim pousse un cri déchirant et se met à se marrer tout seul. Eh oui ! Il a pété un plomb…

Moralité : toi, véreux personnage, sa­che bien qu’un beau jour, tu rongeras un fruit empoisonné…